• La Pivoine Infanable

    Une nouvelle sans doute un peu niaise, que j'ai écrit il y a environ deux ou trois ans sur un thème donné ; "la magie". 

     

    Bonne lecture !

     

     

     

    La fleur flottait à la surface de l'eau, tournoyant lentement sur elle-même, se faisant parfois perturber par un carpe koi un peu curieuse, ou une grenouille cherchant un nénuphar où se poser. Dans le reflet de l'eau, on pouvait apercevoir un petit pont en bois, certainement assez ancien mais qui avait conservé tout son charme.

     

    La jeune fille sur le pont fixait la jolie pivoine blanche qui se trouvait presque en dessous d'elle, elle avait le visage vide et ses cheveux flottaient dans le vent, on aurait presque dit que la jeune fille entière allait s'envoler tellement elle paraissait sans vie, sans poids, ne semblait même pas respirer. Ne lâchant pas la fleur des yeux, elle avait ce regard qu'ont les gens qui cherchent des réponses, qui sont comme perdus... Elle attendait une aide qui n'arrivait pas.

     

    Soudain, une sorte de chanson s'éleva dans les airs, ne semblant parvenir qu'aux oreilles de la jeune fille, se répandant à travers les feuilles des cerisiers et les faisant frémir, provocant quelques vagues à la surface de l'eau... Cette chanson était très douce, on ne pouvait pas dire qu'une voix la chantait, c'était comme si elle était naturelle, chantée par la nature elle-même.

     

    Un pont perdu,

    Sa voix entendue,

    Sera toujours la bienvenue.

     

    Le soleil allumé,

    Me fait penser,

    À cet ancien été.

     

    Enfin le regard de la jeune fille exprima quelque chose : de la crainte. Elle fronça les sourcils, ne voulant perdre aucun mot de la chanson, et semblant en même temps vouloir qu'elle s'arrête le plus rapidement possible. Son visage semblait avoir été abîmé par de nombreuses souffrances, mais il n'en disait pas davantage... Toujours les yeux rivés sur la fleur, elle s'agrippa au bord du pont et s'en écarta légèrement. Une veille femme s'approcha alors, appuyée sur sa canne, elle se glissa à côté de la jeune fille, sans bruit. Elle interrompit ses pensées en déclarant ;

     

    - Ces femmes centaures sont magnifiques, non ?

     

    La jeune fille leva brusquement la tête pour enfin détacher son regard de la pivoine et leva les yeux vers ces femmes qu'elle n'avait pas encore remarquée. Dans le lac qui s'étalait en dessous du pont, des centaures se baignaient, profitant du temps agréable qui régnait sur la région. Elles avaient une grâce que la jeune fille n'avait jamais connu même dans ce monde empli de sorciers, et la sagesse de cette vieille femme qui venait d'arriver... Elles les avaient toujours admirées ! Mais cette fois, la vue de ces femmes ne lui procurait rien, plus rien ne pouvait lui procurer aucun sentiment, encore moins un sentiment agréable. La femme âgée s'exprima à nouveau, voyant que sa dernière phrase n'avait pas eu l'effet voulu.

     

    - Tallulah... Pourquoi as-tu fais ça ?

    - Par amour, toujours...

    - Il n'est pas trop tard...

    - Bien sûr que si.

     

    Malgré ce que disait la jeune fille, il lui restait un peu d'espoir... Mais elle pensait qu'un retour en arrière était impossible, et elle ne pensait pas en avoir envie.

     

    - Grand-mère ?

    - Oui ma petite crevette ?

    - Est-ce que je manque à quelqu'un ?

    - Ca me semble évident. Nous sommes tous très inquiets... Nous espérons ton retour...

    - Mon retour est impossible.

    - Ne sois pas si négative ! Tu vois cette pivoine ?

    - Oui... Elle est si lumineuse...

     

    La fleur qu'elle avait quitté des yeux quelques minutes attira alors son attention : elle s'élevait doucement dans les airs, semblant soulevée par un petit torrent d'eau volante. Sa grand-mère reprit alors la parole :

     

    - Un simple sortilège. Si tu souhaites retourner en arrière, essaie simplement de l'attirer vers toi.

    - Comment ? Je n'ai jamais été aussi douée que toi en magie Obâsan...

    - En ayant de l'espoir Tallulah. C'est ce que j'ai toujours essayé de t'enseigner...

    - Je sais, je n'ai jamais été assez reconnaissante... Je tiens pourtant beaucoup à toi tu sais...

    - Je le sais, tu es douée pour montrer ses choses sans avoir à employer de mots tu sais. Et tu sais que je serais toujours là pour t'aider, toujours... Même quand je serais dans le monde où tu es actuellement, entre les deux, j'y resterais afin de te guider.

     

    La fleur avait monté d'un cran, elle était à plus de la moitié du chemin à présent, et Tallulah commençait à ressentir du remord pour sa grand-mère qu'elle avait laissé dans le monde réel, le monde de la vie. Elle se disait que finalement, elle devait peut-être laisser une chance à la vie, et demander à la vie de lui laisser une nouvelle chance...

     

    - Ma chérie, tu as encore tellement de choses à accomplir...

    - Sûrement...

    - Quand cette fleur sera à ta hauteur, saisis-la et respire son odeur. Tu me retrouveras alors.

    - Ne t'en vas pas tout de suite, reste avec moi !

    - Dans ce monde tu me vois mais je ne suis pas réelle, accroche-toi au véritable monde Tallulah, reviens vers nous.

    - Mamie... !

     

    Mais c'était trop tard, sa grand-mère s'effaçait peu à peu, on la gommait de la vue de Tallulah comme un dessin sur un carnet. La fleur ne cessait de monter, les yeux de la jeune fille semblaient plus lumineux, sa bouche en cœur plus colorée, son visage plus vivant. Enfin la fleur arriva à sa hauteur, elle eut un instant d'hésitation, mais la voix de sa grand-mère l'appelait de l'autre monde et Tallulah tenait à elle plus qu'à beaucoup d'autres choses, c'était elle qui l'avait élevée, nourrie, lui avait appris toute la magie qu'elle connaissait. Elle ne pouvait pas la laisser tomber. Alors, elle tendit sa main vers la fleur, l'attrapa et l'approcha de son nez. Elle ferma les yeux et renifla...

     

     

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    - Elle risque d'avoir des lésions vous savez...

    - Docteur... Prions d'abord pour qu'elle se réveille...

     

    Les voix paraissaient encore lointaines. Tallulah se sentait élevée dans les airs, transportée par la douce odeur de la pivoine, qui était également répandue dans la pièce où elle se trouvait, où son corps vivant se trouvait. Enfin, elle ouvrit les yeux. Elle voyait très flou, mais entendit très distinctement la voix de sa grand-mère, émue et soulagée. Une amie se trouvait également à son chevet, mais elle ne la reconnut pas tout de suite. À nouveau ses poumons se remplissaient d'air, et son cœur battait.

     

    - Oh ma chérie... J'ai eu si peur de te perdre !

    - Mamie !

     

    Tallulah se demandait si sa grand-mère était vraiment apparue dans son rêve, visiblement non. Mais c'était quand même elle qui l'avait résonné et ramenée à la vie. Car s'il y a une magie bien plus puissante que toutes les autres formes de magie, et qui existe dans tous les mondes, c'est bien la magie de l'amour.


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