• Quand l'homme s'en mêle et s'emmêle

    Voici une nouvelle que j'ai écrit il y a très longtemps, en 2010 je dirais, une de mes toutes premières donc, qui traite de l'évolution des espèces.

     

    Bonne lecture !

     

     

     

     

    Depuis quelques minutes le sol vibrait légèrement, mais les habitants de Tôkyô continuaient leurs balades à travers les cerisiers en fleurs, ne s'inquiétant en rien de ce léger tremblement de terre. Les caprices des éléments, ils en avaient l'habitude et ceux-ci ne faisant que s'accentuer depuis quelques années, il n'y avait donc pas lieu de s'inquiéter pour une si petit magnitude, à peine perceptible. Dans le laboratoire se trouvant en plein centre, déjà fermé à cette heure tardive de la journée, la secousse n'était pas suffisante pour que les différentes fioles entreposées là s'entrechoquent, mais elle l'était assez pour que certains flacons en assez mauvais état laissent échapper quelques gouttes…

     

    * * *

     

    Le jeune Kanata se promenait le long d'un petit ruisseau qu'il avait l'habitude de suivre tous les jours depuis qu'il était petit lorsqu'il rentrait de l'école. Aujourd'hui il était sorti tôt et n'ayant aucune activité de prévue il avait décidé de s'arrêter quelques minutes, les pieds dans l'eau. Quelques têtards transparents lui chatouillaient les pieds et se faisaient ensuite poursuivre par de gros poissons bleus. Ces derniers possédaient des poils à la place des écailles, mais cela ne surprit pas le Japonais, qui se mit à tapoter ses pieds dans l'eau, s'amusant à faire fuir la faune qui se trouvait autour. Depuis sa plus tendre enfance il avait souvent entendu parler de poissons à écailles, mais il savait à peine à quoi pouvait bien ressembler ce type de peau, les animaux aquatiques n'en possédant presque plus à présent. À ce qu'il avait entendu dire il en restait encore quelques spécimens au-delà du Pacifique, mais il doutait pouvoir y aller un jour. Il rêvait pourtant d'apercevoir ces animaux datant de l'époque de son grand-père ; il voulait apercevoir de petits serpents possédant des écailles, des requins ayant encore toutes leurs dents et leurs ailerons, des oiseaux qui gazouillaient toujours joyeusement sans artifices… Mais tout ça avait été rasé du monde. Chaque animal avait été déformé pour le bien de l'homme, soit-disant. Kanata ne détestait pas spécialement le monde où il vivait, mais il aurait aimé pouvoir vivre quelques jours dans le monde d'avant, celui où presque tout était resté originel. Hélas les hommes du monde entier étaient bien trop ambitieux pour laisser la nature se développer d'elle-même, les hommes étaient bien trop égoïstes pour cela et les hommes…

     

    Kanata releva brusquement la tête, interrompant les pensées qui l'envahissaient depuis quelques minutes. En face de lui, de l'autre côté du petit ruisseau il avait cru percevoir un bruit… Il avait d'abord pensé à un loup, le grognement ressemblait vraiment au son que faisait ces canidés sauvages… Ca aurait pu être un loup, à un détail près : ils n'existaient plus. De plus, la plupart des animaux étaient devenus muets. Il resta figé, essayant d'entendre à nouveau le bruit, mais il ne se manifesta pas. Le jeune garçon allait rebaisser la tête quand quelque chose bougea… La chose sortit alors des herbes hautes pour se montrer. Le visage de Kanata perdit toute couleur instantanément et le garçon se releva d'un coup en poussant un hurlement. Seulement, ses jambes ne le portèrent pas longtemps et finirent par se dérober sous son poids, il tomba alors par terre et resta l'air hagard dans l'herbe à l'opposé de la bête. Il avait d'abord était incapable d'identifier l'animal qui se trouvait en face de lui, mais il venait de se rendre compte à présent que cet animal était en fait… un homme. Mais quel homme ! Il était incapable de dire si cet énergumène revenait du passé ou était envoyé par le futur. Il ressemblait à un amalgame d'animaux que l'on auraient pris au hasard, dont on aurait jeté l'ADN dans une fiole, et après avoir mélangé bien fort dans tous les sens on aurait certainement obtenu quelque chose comme ça. Kanata se demandait même s'il n'y avait pas un peu de plantes mélangées au tout. La base de ce qui se trouvait en face de lui semblait construite sur un homme de Néandertal, mais cet être possédait de longues plumes à la base des cheveux, des plumes qui semblaient si fragiles et à la fois si sales que lui faire des tresses aurait presque relevé de la folie ! Sur son torse se mélangeaient poils et plumes et un de ses bras semblait se finir à la façon d'une queue de serpent. Cette vue était à la fois terrifiante et fascinante mais dans l'esprit de notre jeune homme c'était la terreur qui triomphait. Comment pouvait-on faire subir cela à un homme ? Il voulait détourner la tête, mais sa curiosité était trop forte. L'homme de l'autre berge semblait n'être qu'un nœud d'animaux divers. Il perçut d'ailleurs une plaque de ces écailles qu'il tenait tant à voir sur l'un des bras de cette victime. Kanata ne voyait pas ses pieds mais il n'aurait pas été étonné d'apercevoir dans les herbes des pieds palmés ou quelque chose d'assez proche. Un filet de bave se mit à couler de la bouche - ou devait-on dire de la gueule - de l'homme-animal et même s'il était à plusieurs mètres Kanata vit assez bien pour affirmer que le pauvre n'avait visiblement jamais fait usage d'une brosse à dent, même dans sa vie d'homme à part entière. Brusquement, l'animal s'enfuit sur ses deux jambes, ses pieds semblaient normaux finalement. Après avoir retrouvé ses esprits le jeune garçon attrapa son sac et courut jusque chez lui. Il y trouva son père et ne put lui cacher sa découverte. À la fin de son récit, son père lui répondit, l'air attristé :

     

    - Les grenouilles et les souris ne leur suffisaient plus… Il a fallu qu'ils commencent leurs expériences sur les humains… Espérons juste qu'ils ne viennent pas farfouiller par ici.

     

    Kanata ressortit dans la soirée, mais resta proche de chez lui. Cette rencontre l'avait bouleversé. L'homme ne semblait en rien agressif, au contraire, il avait même cru percevoir des larmes au fin fond de ses yeux, comme un appel à l'aide… Il se dit que si Darwin avait été là, à sa place, il aurait été bien surpris. Comme il l'avait prévu l'espèce humaine s'était développée au fil des années, mais pas vraiment comme il l'avait pensé : les humains possédaient toujours tous leurs doigts de pied et ce n'était pas la nature qui était en cause de ces changements, mais l'homme et seulement lui. Les hommes, quel que soit leur pays d'origine, leurs croyances ou leur sexe, étaient incapables de se fixer des limites et de respecter celles de la nature.

     

    * * *

     

    Dans le laboratoire, les scientifiques s'agitaient. Une expérience avait mal tourné, et leurs spécimens étaient lâchés dans la nature… Mais il leur en fallait plus que ça pour arrêter là leurs expériences, car le chef donnait déjà de nouvelles directives, évoquant des hommes et des plantes.


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